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Perroquet gris du Gabon : parler, s’ennuyer, vivre 50 ans

Avatar de Nassim Boudjema

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Dans le parc ornithologique où j’ai travaillé plusieurs années, le gris du Gabon était systématiquement celui qui attirait les visiteurs le plus longtemps devant sa volière, fasciné par sa capacité à répéter des phrases entières avec une justesse d’intonation troublante. Cette intelligence, réelle, est aussi ce qui rend l’espèce si difficile à bien élever en appartement : un cerveau aussi vif que le sien réclame un environnement à la hauteur, sinon il trouve toujours un moyen de l’exprimer, souvent de façon problématique pour son propriétaire comme pour lui-même.

Un talent de langage rare dans le monde animal

Le perroquet jaco, plus connu sous le nom de gris du Gabon, ne se contente pas d’imiter des sons : plusieurs études de cognition animale montrent qu’il associe certains mots à des concepts, une capacité longtemps réservée aux grands singes dans l’imaginaire collectif. Cette aptitude demande cependant une stimulation constante ; un oiseau livré à lui-même toute la journée n’apprend rien et s’ennuie profondément.

Le gris du Gabon (Psittacus erithacus) est reconnu pour ses capacités cognitives et d’imitation vocale exceptionnelles parmi les oiseaux, ce qui en fait l’une des espèces de perroquets les plus étudiées par les chercheurs en éthologie.

Cette réputation, documentée sur la page consacrée à l’espèce, explique en partie pourquoi le gris du Gabon a longtemps été très prisé du marché des nouveaux animaux de compagnie, au point de justifier une protection internationale renforcée.

Le picage, symptôme d’un mal-être trop souvent ignoré

Le picage, cette habitude de s’arracher les plumes une à une jusqu’à la peau nue, touche une proportion importante de gris du Gabon captifs, presque toujours par ennui, isolement ou manque de stimulation mentale. Une fois installé, ce comportement compulsif se soigne difficilement : mieux vaut prévenir en offrant des jeux à manipuler, des séances d’interaction quotidiennes et, dans l’idéal, une volière plutôt qu’une simple cage, pour permettre un minimum de vol.

Un oiseau qui commence à picorer ses plumes mérite toujours un premier avis vétérinaire avant de conclure au trouble comportemental : certaines causes médicales, carences alimentaires ou infections cutanées, produisent des symptômes très proches et nécessitent un traitement complètement différent d’un simple enrichissement de l’environnement. Confondre les deux retarde souvent la guérison de plusieurs mois.

Un engagement de cinquante ans, pas de dix

Là où beaucoup d’animaux de compagnie vivent une dizaine d’années, le gris du Gabon peut atteindre cinquante ans en captivité bien tenue, parfois davantage. Adopter un jeune oiseau à trente ans, c’est potentiellement lui survivre : un point que trop peu de futurs propriétaires anticipent avant l’achat, et qui mérite d’être posé sur la table familiale avant toute décision. Certains parcs et associations demandent désormais aux futurs adoptants de rédiger par écrit un plan de transmission de l’oiseau en cas de décès ou d’incapacité, une précaution qui peut sembler excessive mais qui reflète bien la réalité de cet engagement sur plusieurs décennies.

Ce même engagement se prépare aussi financièrement : cage ou volière de grande taille, alimentation variée et de qualité, suivi vétérinaire spécialisé en aviaire, souvent moins répandu que le suivi canin ou félin classique et donc plus coûteux à trouver localement. Un budget mensuel sous-estimé au moment de l’achat rattrape presque toujours le propriétaire quelques années plus tard.

La CITES, un cadre légal à connaître avant tout achat

En raison du déclin des populations sauvages, largement lié au trafic pour le marché des animaux de compagnie, le gris du Gabon est inscrit à l’annexe I de la CITES, la convention internationale sur le commerce des espèces menacées, ce qui interdit tout commerce d’oiseaux prélevés dans la nature et impose une traçabilité stricte pour les oiseaux nés en captivité, avec certificat obligatoire à l’achat.

Vérifier ce certificat avant toute acquisition n’est pas une formalité administrative accessoire : c’est la garantie que l’oiseau vient bien d’un élevage déclaré, et non d’une filière illégale qui continue d’appauvrir les populations sauvages d’Afrique centrale. Un certificat manquant ou approximatif doit systématiquement alerter, même face à un vendeur convaincant et un prix apparemment intéressant.

Pour les futurs propriétaires qui hésitent encore sur le budget vétérinaire d’un tel engagement, notre rubrique santé aborde régulièrement le coût réel du suivi des NAC, ces animaux de compagnie encore trop souvent adoptés sans réelle préparation en amont.


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